À propos

Projections libérantes est un organisme de production de concerts de musique d’art fondé en 2011 à Montréal (Québec, Canada). N’étant attaché à aucun groupe d’interprètes ni soumis à aucune programmation saisonnière, il positionne le projet de création comme seul point de départ de chacune de ses productions. Son mandat principal repose sur la valorisation et la médiation de démarches artistiques significatives par l'entremise de concerts et de publications monographiques.

Projections libérantes porte le nom de l’écrit publié en 1949 par Paul-Émile Borduas, ceci en hommage à son auteur, figure emblématique de la modernité – et de la liberté – artistique, spirituelle et intellectuelle au Québec. Cette référence détermine la vision de Projections libérantes, un organisme moralement engagé dans sa société, enraciné dans son patrimoine et résolu à devenir un acteur de son avenir.

 

Mandat

1. Articuler chaque production autour d’un seul projet artistique (aussi bien dans le cas de créations de nouvelles œuvres que dans celui de reprises d’œuvres du répertoire). L’unité de l’expérience esthétique est privilégiée par la courte durée des concerts qui, autant que possible, sont donnés sans interruption – qu’il s’agisse d’entracte ou de changements de disposition scénique.

2. Destiner chaque production à faire l’objet d’une diffusion élargie, principalement par le biais de tournées nationales et internationales, mais aussi par le biais de la radiodiffusion et de l’enregistrement édité.

3. Susciter l’avènement de nouveaux contenus artistiques proposant une conception plastique, formelle et organique – corrélative – du son, du temps, de l’espace et de la lumière par la recherche et la création en collaboration avec tous les participants du projet.

4. Contribuer à la reconnaissance de la musique d’art comme discipline autonome – source d’inspiration sur les plans de la modélisation formelle et de la réflexion esthétique – de même qu’à la reconnaissance de ses œuvres et de ses artistes. #top

 

Vision

Projections libérantes émerge d’un contexte particulier au Québec en devenant le premier organisme sans groupe d’interprètes attitrés qui se consacre uniquement à la production de musique de concert.

L’organisme pilote les projets artistiques depuis leur conception et détermine en conséquence les ressources techniques, humaines et financières nécessaires à leur réalisation. Travaillant hors des programmations saisonnières, sans la pression de la diffusion, sa structure flexible est entièrement au service des œuvres et des artistes positionnés à l’avant-plan. La musique de concert se met ainsi au diapason des autres arts de la scène pour lesquels le spectacle est conçu comme tel, c’est-à-dire comme un tout, plutôt qu’un amalgame de parties commandées à la pièce.

En effet, en comparant le domaine de la musique de concert non seulement à ceux de la danse et du théâtre, mais aussi à ceux du cinéma, de la poésie et des arts visuels, on constate que l’œuvre des compositeurs est souvent dispersée parmi le répertoire, plutôt que présentée et documentée sous forme d’événements dont elle constitue le point focal – la raison d’être.

Projections libérantes propose un nouveau paradigme selon lequel le temps et l’argent alloués à la conception permettent un réel processus créatif de la part des artistes impliqués et l’élaboration, par le producteur, d’un dossier de presse offrant l’opportunité aux diffuseurs, aux médias et au public de s’intéresser au projet et de le faire rayonner. #top

 

Projections libérantes

L’écrit Projections libérantes paraît en juin 1949. Son auteur, le peintre québécois Paul-Émile Borduas (Mont-Saint-Hilaire, 1905 – Paris, 1960), y fait l’apologie de sa méthode d’enseignement suite à son congédiement de l’École du meuble. Ce congédiement, confirmé par un arrêté ministériel, découle de la publication du manifeste Refus Global en 1948. Rédigé par Borduas et cosigné, notamment, par plusieurs de ses étudiants, le manifeste se conclut par ces mots : « D’ici là, sans repos ni halte, en communauté de sentiment avec les assoiffés d’un mieux être, sans crainte des longues échéances, dans l’encouragement ou la persécution, nous poursuivrons dans la joie notre sauvage besoin de libération. » (Paul-Émile Borduas, « Refus Global », Écrits I, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 1987 [1948], p. 349.)

Notre organisme porte le nom Projections libérantes en guise d’hommage à Borduas, pour qui la prise de parole publique était impérative, afin de communiquer à propos de l’art, mais aussi à propos de l’art dans la société, puisqu’en fin de compte il n’y a pas de fossé entre les deux, chacun traduisant une manière d’être au monde. Cependant, si, à l’époque de Borduas, il s’agissait pour l’art d’être reconnu au sens d’être accepté, aujourd’hui, nous estimons que son défi est d’être reconnu au sens d’être identifié parmi la masse des produits de l’industrie culturelle. Or, nous croyons que l’art se distingue par certaines caractéristiques possédées en propre, notamment : sa finalité d’ordre symbolique, sa représentation poétique et son retour critique.

En effet, la musique d’art crée une distance médiate entre l’œuvre et le récepteur, plutôt qu’une identification immédiate. Cet espace est celui du concept, de la réflexion, de la dialectique entre le signifié et le signifiant, entre le son perçu et le sens qu’il revêt à l’intérieur d’un système de relations formelles. En cette ère de l’instantané, du consommé-jeté et de l’écoute distraite d’innombrables fichiers sonores de qualité réduite, Projections libérantes insiste sur la mise en contexte, le référencement et l’écoute active en concert. La musique d’art, en revendiquant ce qu’elle possède en propre, milite pour la survie de ce qui la rend possible.

Adopter le nom « Projections libérantes » traduit une volonté double : d’une part, nous enraciner dans le patrimoine québécois et l’histoire de la pensée; d’autre part, envisager l’avenir en accord avec le dynamisme découlant des nécessités intérieures (intimes et spirituelles), elles-mêmes portées à la transformation continuelle par la quête d’unité – de concordance avec l’extérieur. Voilà la leçon que nous tirons, aujourd’hui, des Projections libérantes de Borduas : constamment réévaluer notre relation au monde; étendre notre perspective, vers le passé et vers l’avenir, afin qu’elle ne se referme pas sur le présent perpétuel auquel nous convie l’industrie du divertissement. #top

 

« Une histoire de la liberté » 

Les combats menés par Borduas sont exemplaires de ceux de son peuple. Le peuple québécois étant toujours figé dans la non-histoire de son statut (néo)colonial, lequel prévaut depuis plus de deux cent cinquante ans, ces combats sont toujours actuels. Deux citations, plus ou moins contemporaines du décès de Borduas en 1960, le traduisent bien.

« Borduas culbute la tradition et nous imprime une direction nouvelle. La réflexion nationale peut trouver en lui des thèmes de pensée qu’elle n’épuisera jamais. [...] Il est même possible que son impulsion libératrice se propage dans notre histoire et y précipite des conflits dont il est difficile de prévoir l’envergure. Car ce n’est pas en vain que l’on convie un peuple jusque-là conservateur à exercer sa liberté, un peuple qui se souvient à ne plus se souvenir, une classe consciente mais hésitante à se répandre dans l’inconnu. » (Pierre Vadeboncœur, « La ligne du risque », La ligne du risque, Éditions HMH, Montréal, 1963 [1962], p. 187 et 190.)

« Ce dont nous sentons tous la profonde nostalgie, aux heures de doute comme aux moments d’exaltation, c’est qu’il y ait ici, derrière nous, une histoire de la liberté. » (Fernand Dumont, La vigile du Québec, Bibliothèque québécoise, Montréal, 2001 [1959], p. 55.)#top